RENCONTRE AVEC AURÉLIE LEFÈVRE :
AIDE-SOIGNANTE DANS UN EHPAD DU 92

 

Aurélie Lefèvre est une aide-soignante dynamique et impliquée, militante CFTC depuis 2007.
Depuis 20 ans elle travaille en EHPAD par vocation. Elle fait partie de cette première ligne de soignants qui n’ont cessé d’être aux côtés des personnes âgées. Aujourd’hui, Aurélie est en colère et nous explique pourquoi.

« Oui je suis en colère car de nombreux drames auraient pu être évités ».

Aurélie a toujours souhaité s’impliquer auprès des personnes âgées. Depuis 20 ans elle travaille au sein du même établissement dans lequel il y a 200 résidants.

« Il y avait 200 résidants » rectifie Aurélie et cette précision à toute son importance.

« Dès le début du mois de mars nous entendions parler de ce virus mais sans avoir conscience de sa gravité. Et tout a vraiment commencé pour nous le 11 mars avec le premier cas testé positif au sein de notre établissement. À partir de là le chaos s’est mis en place. »

En seulement quelques jours, Aurélie a été témoin de la propagation du virus au sein du son l’établissement. Pas de prise de conscience de la gravité du virus, consignes de protection floues, matériels restreints, manque de tests, la propagation du virus semblait inévitable et les équipes ont été rapidement débordées et les résidents touchés.

À l’annonce du confinement Aurélie et ses collègues ont là encore dû s’adapter en urgence car les résidents devaient rester isolés dans leur chambre.

« Ça a été très dur, car il a fallu repenser notre manière de faire et psychologiquement très compliqué car une maison de retraite, c’est avant tout un lieu de la convivialité. Les repas sont pris ensemble, les activités sont communes. Là, du jour au lendemain tout s’est arrêté. Les résidents ont été confinés dans leur chambre sans vraiment toujours comprendre pourquoi. »

Aujourd’hui, Aurélie est en colère car elle aussi n’a pas été épargnée et dès le 20 mars elle a ressenti les premiers symptômes, fièvres, courbatures « mais on m’a laissé travailler », précise-t-elle.
« Je n’ai été testée que le 26 mars et le 27 mars j’apprends que je suis positive. Mon médecin m’isole immédiatement pendant 14 jours ». Mais l’annonce des résultats laisse Aurélie amère et frustrée car elle ne peut s’empêcher de penser que – peut-être – elle a pu contaminer des patients.

“Oui je suis en colère car ni les résidents ni le personnel n’ont été pris en considération.”

C’est début avril que tous les résidents ont été testés et que « l’organisation COVID » s’est mise en place.

« Oui je suis en colère car ni les résidents ni le personnel n’ont été pris en considération. Il aurait fallu agir immédiatement, dès le premier cas. Je suis en colère car dès le départ, j’ai demandé un qu’un CHSCT extraordinaire afin que nous puissions nous organiser au mieux et le plus rapidement possible. Ma demande a été refusée. Je ne pouvais pas rester sans rien dire. Je voulais agir. »

Aurélie décide alors d’écrire à la CFTC UD 92 pour leur faire part de son ressenti et de son traumatisme

« Les équipes de la CFTC ont été formidables, elles m’ont soutenue et accompagnée. C’était une période très dure moralement. Ma direction n’a pas été au rendez-vous, ce qui a renforcé ma déception. Ce ne sont pas des soignants, ils n’ont pas été capables de prendre la mesure de ce qui nous arrivait suffisamment tôt. Nous avons déploré 60 décès en un mois certes, peut-être pas tous du COVID mais il faut savoir que c’est le nombre de décès que nous déplorons habituellement en une année, donc sincèrement je m’interroge. »

Aujourd’hui, le virus circule encore au sein de la maison de retraite. Des tests mettent en lumière des personnes asymptomatiques que ce soit au sein des résidents ou des équipes soignantes. Elles sont alors immédiatement isolées. La situation est en passe d’être maîtrisée et un début de déconfinement se met en place.

“Tout au long de cette période j’étais en détresse et la CFTC m’a beaucoup soutenu”

« Tout au long de cette période j’étais en détresse et la CFTC m’a beaucoup soutenu. J’ai eu énormément d’appels suite à mon mail. Encore aujourd’hui je suis en contact avec les équipes qui prennent de mes nouvelles régulièrement. C’est très réconfortant. »

Son engagement militant est intact et elle ne regrette pas de s’être tournée vers l’UD 92.
« Beaucoup de mes collègues sont venus me voir pour me remercier d’être intervenue auprès de la CFTC. »

Aurélie ne sort pas indemne de cette période. Au-delà de la fatigue physique elle est aussi épuisée moralement et sa vision du métier a changé.
« Ce qu’on a vécu était tellement dur que je me demande si je serai capable de tenir encore le coup encore 20 ans. Mais c’est un métier que j’aime, qui me fait me sentir utile, alors malgré ces difficultés je suis encore contente d’aller travailler. »

“Oui je suis en colère, mais je continue, car j’aime mon métier avant tout.”